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Nudge – Richard H. Thaler & Cass R. Sunstein

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Faudrait que je le lise mais j’ai pas le temps

NUDGE: Improving Decisions about Health, Wealth and Happiness
Richard H. Thaler & Cass R. Sunstein (Yale University Press, 2008)

Le « nudge » est un petit coup de pouce pour aider les individus à prendre de bonnes décisions. Elu meilleur livre par The Economist, le best seller de Richard Thaler et Cass Sunstein qui applique les recherches de psychologie et d’économie comportementale, est un véritable manifeste de cette méthode douce, qualifiée de « paternalisme bienveillant » par ses auteurs. Mais s’il s’agit d’influencer les décisions des individus, ils doivent pourtant rester libres de leurs choix. Ces « architectes du choix » doivent donc influencer sans imposer, valoriser la bonne décision sans interdire la mauvaise.

« Busy people try to cope in a complex world in which they cannot afford to think deeply about every choice they make »

L’homo oeconomicus est un mythe : les individus ne sont pas des êtres rationnels. Notre cerveau est divisé en deux modes de pensée : celui du Capitaine Spock, rationnel et réflectif, et celui d’Homer Simpson, qui relève de l’instinct et des émotions. C’est ce dernier, le système « automatique », qui est bien souvent à l’origine de nos prises de décisions. Nous savons que le tabac est dangereux pour la santé, mais nous fumons malgré tout. Les auteurs font ainsi l’analyse des différents facteurs et mécanismes instinctifs qui peuvent conduire à une mauvaise prise de décision : l’homme, influencé par un contexte, une humeur, un désir, une peur, une pression sociale, ou une formulation, fait abstraction de toute rationalité et peut être induit en erreur par sa propre perception. C’est à partir de ce constat de la faillibilité humaine que les deux universitaires ont fondé leur théorie et sa légitimité. Le nudge permettrait d’anticiper « l’erreur humaine » et d’améliorer nos quotidiens. Mais l’incitation douce n’est pas une théorie passive. Cette méthode est bel et bien ancrée dans le réel et agit grâce à « l’architecture du choix », c’est-à-dire la transformation du contexte.

« Choice architect can make major improvements to the lives of others by designing user friendly environments »

Mieux qu’un discours sur la nutrition, la simple disposition des aliments dans une cantine peut par exemple modifier le menu choisi : il a ainsi été démontré que des enfants se dirigeaient davantage vers des légumes lorsque ceux-ci étaient placés à portée de main, et les frites à une distance moins accessible. De la même manière, dire qu’un accident a causé la mort d’une personne n’est pas reçu de la même façon que d’affirmer que neuf personnes sur dix ont survécu. C’est ce qu’on appelle le “ framing ”. Les architectes du choix peuvent ainsi valoriser une perception (ou une prise de décision) plutôt qu’une autre.
L’ouvrage donne une multitude d’exemples de ces « nudges », déclinés aussi bien dans la sphère individuelle que dans la sphère publique. Si un panneau ne suffit pas à réduire la vitesse des automobilistes sur une route dangereuse, l’installation de bandes rugueuses au sol sera par exemple un nudge efficace. Autre exemple, en partant du constat que les foyers sont facilement influencés par les attitudes de leurs voisins, une expérience a été menée à LaVerne, en Californie, consistant à informer les ménages du nombre de voisins prenant part au recyclage des ordures. L’opération a permis d’augmenter le nombre de participants de 19%.

« Libertarian paternalism is a relatively weak, soft, and nonintrusive type of paternalism »

Cet essai original et agréable à lire, est destiné à démontrer le potentiel du « paternalisme bienveillant » pour les politiques publiques. Les auteurs y proposent ainsi des solutions pour clarifier les offres d’épargne et d’assurance, promouvoir les dons d’organes, prévenir certains risques de dangers, ou favoriser des comportements écologiques.

Quatre règles de conduite pour inspirer la bonne décision :

1. Inciter plutôt qu’imposer (encourager plutôt que décourager)

2. Ne pas compter sur la rationalité des individus lorsqu’il s’agit de faire un choix

3. Toujours prendre en compte le contexte de la personne à qui l’on s’adresse

4. Agir concrètement autant que délivrer des messages